acte_2 FANTÔMES RÉSISTANT-E-S

Vue d’en haut la ville semblait inexistante. La nature semblait inexistante. La vie était inexistante. Un­ bleu profond avait remplacé la couleur de la terre, et le gris fumé des squelettes de ces bâtisses anciennement construites pour glorifier la nation Beta rasaient le sol. Il était rare de trouver des herbes dans cette région, leur apparition était comme spectrale. Le spectre d’une région autrefois reluisante de plaines d’un jaune brillant, doré, annonçant le vent au rythme crépitant du frottement des épis de maïs.
Fantomatique, oui cette ville l’était dorénavant, laissant apparaître ces êtres décharnées, incarnés par leur tristesse de leurs pertes. Il n’était pas rare de voir bouger quelques briques posées au sol, comme si c’est fantômes voulant s’y assoir essayaient de former avec ces débris, des sièges. Souvent posés en cercle, ces sièges tombeaux donnaient presque l’impression d’un cercle privilégié de parole, un cercle ou s’exprimait frustration, incompréhension, mal être et tristesse.

La terre était-elle morte ?

Le 30 mai dernier, la flotte robotique du gouvernement ennemi, Sirius, attaquait la nation Beta pour des divergences sur le traçage de la frontière qui les séparaient. Pour Sirius la seule solution a été d’éliminer le pays voisin afin d’en effacer les traces et la frontière qui devait les diviser.
Les âmes du Beta menaient elles aussi une lutte, celle de garder leurs terres inoccupées par l’ennemi, et redonner place à la nature, flamboyante qu’elle fut, une résistance fantomatique qui en réfrénait plus d’un.
Les fantômes résistants.

Le dernier conflit avait anéanti le paysage, nous donnant l’impression qu’aucune forme de vie n’avait pu demeurer sur cette terre.

Ici, rien ne semblait vivre. La lourdeur du silence sur le paysage, il avait même l’air d’y peser si fort que plus rien ne pouvait sortir de cette terre au bleu profond. Le vent se faisait rare, les mouvements de la poussière aussi alors. Quand il se manifestait, aucune résonance ne se faisait entendre. Le son du sable glissant sur une feuille morte, pas même ce son émanait de ce paysage figé.
Le silence, vrombissant,  celui qui se longe au fond du tympan, agissant comme la pression atmosphérique qui vous bouche les oreilles. Ni animaux, ni humains, insectes , cyborgs, ou robots ne semblait mouvoir ce paysage ligoté. Si même le son, et les fréquences étaient mortes, que restait-il ?
Il était difficile d’imaginer terre si aride, et sans vie, voir impossible, comme tenter de se représenter mentalement l’infini de l’univers.
On imagine les planètes, encore une autre, les constellations, encore une autre, en les additionnant, les multipliant, mais combien de fois encore ?

L’horizon avait l’air d’avoir été tracé à la règle, une droiture que l’on ne pouvait concéder à la nature. Ici la géométrie n’était pas variable. Comme empaqueté, prédécoupé le paysage avait été modelé machinalement par des explosions à l’impact symétrique et calculé. Il y a bien longtemps que nous n’utilisions plus nos mains pour modeler les choses, armes et technologie avaient été abandonnées au sort de machines codées pour irradier. Ce conflit avait fini par morceler la terre en une multitudes de carrés dont la profondeur variait par l’intensité des impacts reçus.
Un satellite avait pu récupérer des images, vu du ciel,
comme superposés les uns sur les autres, des segments coupaient avec sévérité le terrain.

La ruine la plus haute de ce paysage était celle du mausolée dédié à la grande Mame Diarra. Au loin nous pouvions apercevoir comme une source de lumière. La fine couche d’or qui couvrait la petite tour pyramidale du mausolée éclairait le bleu profond de la terre. Autour de la pyramide un carré de végétation s’était formé, comme si la lumière dorée avait un impact sur la pousse de ces herbes à l’allure étrange. En effet nul habitant de cette terre, ni même du pays voisin n’aurait pu identifier ces feuilles triangulaires d’un orange vif et d’un jaune presque fluo. Il y avait une dizaine de fleurs comme celle-ci, encadrant de manière quasi symétrique le mausolée. Dans ce paysage dévasté, ce carré de vie et de couleur paraissait comme un mirage, nous ne pouvions imaginer nature aussi luxuriante et flamboyante. Les hautes herbes qui parsemaient ce carré fleuri donnaient l’impression de vouloir protéger cette ruine grandiloquente amenant avec elle l’espoir que la ville pouvait renaitre.
Sur la droite de ce carré, un cercle de sièges tombeaux surement formé par les fantômes résistants. Peut-être venaient-ils ici aussi se concerter, admirer la nature flamboyante et la surveiller. Car cette nature semblait si paisible dans la pénombre de la ville, elle n’avait pas conscience de la catastrophe qui l’entourait, ou peut-être  que si,  mais elle s’en fichait, elle comptait lui ramper dessus, étaler ses couleurs vives sur le bleu profond de cette terre.

Cette région du monde était maintenant considérée comme inhabitable, échappant à tout contrôle.

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